First Light
- 2025
- France
- 26 min
- Vietnamien - STF
Mon oncle et sa famille habitent en Allemagne. Leur maison, maintenue constamment chaude, regorge de plantes exotiques, de vieilles photos qui s’effritent, de lettres manuscrites, de caméras de surveillance, de scanners et de musique. De Berlin, il observe chaque nuit le lever du soleil dans son village natal au Vietnam où sa mère dort.
Courant l’interface d’un logiciel de vidéosurveillance, le pointeur encadre et agrandit la silhouette mal définie d’une femme balayant les feuilles mortes d’un jardin. Les images de surveillance, en général, n’arrivent jamais seules ; des questions, souvent encombrantes, les entourent. Qui regarde ? Quelle intention malveillante commande ces cadrages ? Quelle vérité s’y dissimule ? Tout l’inverse d’un crime et d’une punition, nous est-il ici rapidement signifié. Un homme s’occupe maintenant des plantes tropicales de son salon, puis sort des photos de famille anciennes, détériorées et moisies, qu’il scanne et conserve dans son appartement allemand. De son Vietnam natal, il garde aussi des partitions de chansons et des lettres qui témoignent d’une séparation et de la persistance d’un lien. Cet homme cultive une mémoire comme on cultive un jardin. Tous les outils sont bons pour la faire fleurir. C’est sa main verte qui fascine ; l’amour infini qui lui fait mettre en place des dispositifs capables d’entourer une mère à dix mille kilomètres de lui. Et à son tour, « là où la rivière se sépare », Phuong Thao Nguyen investit le langage du cinéma d’une épaisseur affective ; joue sur la netteté des distances qui s’articulent ; des décalages entre une écriture, une voix et des sous-titres ; jusqu’à transformer une pixellisation intempestive en une respiration hypnotique et apaisante.
Antoine Thirion
- Production : Phuong Thao Nguyen
- Image : Phuong Thao Nguyen
- Son : Vivien Roche
- Montage : Phuong Thao Nguyen
- Contact copie : Phuong Thao Nguyen