LETTER
Dans un noir et blanc splendide dans lequel le halo autour du blanc évoque à la fois la brume campagnarde et la qualité fantomatique de ces âmes, un groupe d’hommes et de femmes vaque à ses occupations, caressant une vache qui s’attarde près du perron d’une grande maison de bois, fumant à l’extérieur, écoutant l’un des leurs jouer de l’accordéon. Ce métrage tourné il y a dix ans devant un asile psychiatrique rural du Nord-Ouest de la Russie rappelle La Colonie du même Losnitza (2001), mais il en creuse l’étrangeté par un parti-pris sonore saisissant : à la fois très présent et feutré, le son non-dialogué, au lieu de billonner ces figures énigmatiques, amplifie leur envergure, les rendant emblématiques. L’intention avouée de Losnitza de parvenir par son cinéma, qu’il soit documentaire ou fictionnel, à « décrire le phénomène de l’homo sovieticus et son territoire natif », transmet avec force, par des voies d’abord sensorielles, un alliage de souffrance et d’anonymat, une matière sonore gonflée d’histoires individuelles violentes, jamais racontées, comme si un désespoir séculaire interdisait qu’elles soient un jour articulées. (Charlotte Garson)
Atoms&Void
Sergej Loznitsa
Vladimir Golovnitski
Pavel Kostomarov
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