BAC À SABLE
Dans la vraie vie, certain·es veulent devenir chirurgien·es, d’autres policier·es, ou chauffeur·ses de taxi. Il y en a qui rêvent d’amour, de bonne fortune, ou de se faire une place de choix au sein de la cité. Dans ce territoire virtuel, sur cette île californienne où l’on parle français, c’est pareil, on fait comme dans la vraie vie.
Los Santos est une ville nichée sur une île. Une ville avec ses institutions, son système pénal, ses fonctionnements et ses dysfonctionnements. Une ville-jeu avec une règle principale : à Los Santos, on fait comme dans la vraie vie. Car Los Santos est de briques virtuelles et a été créée sur un serveur en ligne du jeu GTA V. Chacun se doit d’y trouver un rôle pour faire fonctionner la société. Flics, médecins ou commerçants, il faut trouver sa place et s’efforcer de maîtriser le vocabulaire technique adéquat pour respecter le réel. Quant au monde extérieur, il n’est pas évoqué. Dans la vraie vie, on n’évoque pas de monde extérieur. Néanmoins, le réalisme imposé est parfois vacillant. Ici, des corps stéréotypés des avatars du jeu, des hommes bien souvent, aux muscles saillants, sortent les voix juvéniles des joueurs et des joueuses et leurs expressions adolescentes. Car au bord du jeu, il y a le réel. Au-delà des bruits de la ville, le film transforme peu à peu son terrain d’observation et se met à l’écoute d’une génération, celle qui côtoie le monde tel qu’il est. Certains joueurs et certaines joueuses tentent ici d’imaginer une société où ne se reproduiront pas les violences du monde extérieur. À Los Santos, comme dans la vraie vie, les propos racistes ou sexistes sont interdits. Mais, comme dans la vraie vie, cela n’empêche aucunement que le racisme et le sexisme s’obstinent. Comment s’accorder alors collectivement et sans dérive autoritaire ? Comment se consoler du monde réel et transformer ici ce qui ne fonctionne pas « dehors » ? L’observation des institutions et de scènes plus intimes font exister un monde plus réel que d’apparence avec cette exception rassurante qu’ici on peut changer de place, mourir ou renaître indéfiniment.
Clémence Arrivé
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