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Jeny303

Laura Huertas Millán

« En passant devant une chambre, à  la fête, j’ai vu des gens qui chauffaient de l’héroïne. J’ai voulu en faire l’expérience avec mon corps… » – sur les mots off de Jeny, jeune transgenre que la cinéaste filme en marge de sa cure de désintoxication, c’est le bâtiment 303, icône architecturale de Bogota, que la caméra parcourt. La rencontre entre les deux est d’abord accidentelle : il y a quelques années, lorsque son père demande à  la cinéaste de filmer la faculté d’architecture où il avait enseigné, une erreur de manipulation de la pellicule 16 mm amène celle-ci à  y surimprimer son portrait de Jeny. Un témoignage dans lequel s’entend l’affirmation discrète d’une révolte : « ni bourreau, ni victime », Jeny (qui parle de lui au masculin) raconte sa délinquance comme la juste rétribution d’une violence sociale à  son égard. Or le bâtiment, désaffecté au moment du tournage, n’est pas seulement intéressant pour son style Bauhaus copié par des architectes allemands en 1964, mais aussi en tant que théatre de nombreux soulèvements étudiants, haut-lieu du militantisme de la génération du père de la cinéaste qui fut réprimé dans le sang dans toute l’Amérique du sud. D’un côté un échappé (l’héroïne essayée pour « être ailleurs »), qui fit de son corps une oeuvre d’art en s’ornant de tatouages, de l’autre les slogans politiques « tatoués » sur les murs de briques – livres d’Histoire à  ciel ouvert, démolis en 2015. (Charlotte Garson)

Production :
Laura Huertas Millán

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