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Anni

Rikun Zhu

En 2013, à  Hefei, dans l’Est de la Chine, Anni, 10 ans, se voit interdite d’accès à  son école après son récent emménagement en ville. Zhu Rikun, qui filme clandestinement, décide d’ouvrir le film sur un trajet en voiture ; on y entend à  l’autoradio des nouvelles uniquement axées sur l’international. Or il s’agit pour lui de documenter son pays de l’intérieur, pour dépasser le « circulez, il n’y a rien à  voir » officiel. Après ce prologue, c’est la petite fille que l’on suit, pour ne comprendre qu’au fur et à  mesure que la place où elle va s’entraîner au skate board, en son 47e jour sans école, est le lieu d’une mobilisation croissante. Une professeure de maths y fait cours, sur une table de ping pong ; une réunion de « weibo », le réseau social de bloggeurs, suggère un degré d’organisation plus grand. Le témoignage du père d’Anni, dissident de longue date visé à  travers sa fille, révèle une stratégie de la police secrète. Mais jamais le militantisme n’écrase ici le cinéma direct. Chaque séquence complète le tableau politique par petites touches. Comme le faisait We, the Workers, marathon politique sur le combat chaotique de défenseurs des droits de l’homme chinois (Cinéma du réel 2017), Anni déborde la dénonciation pour restituer un quotidien marqué par l’autoritarisme. « Les gens ont besoin du collectif », entend-on de derrière les grilles de l’école lors d’une célébration sur fond d’hymne chinois. Les badauds et les activistes venus aider Anni le pensent aussi – mais pour eux, le collectif doit désormais passer par la case « individu ». (Charlotte Garson)

Production :
Fanhall Films

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