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Minatomachi

Kazuhiro Soda

Guidé par les « dix commandements » du documentaire d’observation qu’il s’impose (tenir la caméra, s’autofinancer, n’ajouter ni musique ni commentaire…), Kazuhiro Soda livre avec Minatomachi le portrait en noir et blanc d’un lieu et d’une génération née avant-guerre, que les changements économiques et la dégradation environnementale condamnent à  l’extinction. En effet, sur les rives de la Mer Intérieure du Japon, le village d’Ushimado, où Shohei Imamura a tourné deux films, vieillit à  vue d’oeil. Le pêcheur octogénaire Wai-chan, que Soda, aidé de sa femme et collaboratrice, vient filmer après l’avoir rencontré sur leur tournage précédent, continue à  pêcher de nuit pour conserver vivants des poissons que Koso, la poissonnière, doit ensuite présenter ultra-frais sur son étal. Le poisson palpitant, au centre de l’activité du village, fait le lien entre les beaux portraits de villageois et s’offre en métaphore du cinéma direct de Soda. Fréquemment hélé par Kumi, commère du cru qui envahit progressivement le champ et livre le récit bouleversant d’une fêlure de sa vie, le cinéaste se laisse guider par la parole vive et le mouvement – preuve que même quand il documente un folklore en voie de disparition, le documentaire n’est pas voué à  la carte postale. Le portrait de Kumi, de plus en plus complexe, glisse de l’anecdotique au tragique, et du personnel au politique, atteignant au gré de la déambulation la profondeur d’une « mer intérieure ». (Charlotte Garson)

Production :
Kiyoko Kashiwagi, Kazuhiro Soda, Laboratory X, Inc., info@laboratoryx.us

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