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Rêver sous le capitalisme

Sophie Bruneau

On sait ce que le travail fait au corps, mais qu’imprime-t-il, de manière moins visible, sur l’inconscient ? Les nuits de douze rêveurs, racontées tantôt face à  la caméra, tantôt en off sur des plans d’immeubles de bureaux ou de chantiers urbains, trahissent l’invasion de la psyché contemporaine par le système capitaliste. Les plans d’ensemble sur les édifices aux matières lisses et aux arêtes pures instillent une douceur trompeuse. Zombies, cadavres, momies, fantômes, individus dont le crâne est ouvert comme un oeuf et vidé à  coups de cuiller… Les images se suivent et ne se ressemblent pas, mais le montage organise une gradation vers le vampirisme et un passage insidieux de la nuit au jour, du rêve à  la vraie vie au travail. Inspirée par le livre de Charlotte Beradt Rêver sous le IIIe Reich, Sophie Bruneau parvient à  faire pénétrer le spectateur à  l’intérieur des rêves racontés et interprétés, de leur monde absurde mais familier. Dans telle cantine idéalement aérée, un travelling s’achève sur une ambiance sonore de forêt ; sur telle élégante façade en verre, les passants changent de taille comme dans un miroir déformant ; sur telle autre reflétant le passage régulier des voitures, la pénombre est trouée par le faisceau d’une lampe de poche inquisitrice. Pas de doute : le néo-management veille sur nous. (Charlotte Garson)

Sophie Bruneau

Sophie Bruneau réalise des films avec Marc-Antoine Roudil depuis 1993 (entre autres, Pardevant notaire, Arbres, Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés). Elle est aussi productrice de leurs propres films ainsi que de quelques autres.
Elle enseigne la réalisation à l’INSAS en Belgique.

Production :
Alter ego films, Michigan Films, RTBF, ARTE G.E.I.E, CBA, Le Fresnoy – Studio national des arts cont

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