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Djamilia

Aminatou Echard

« Toutes les femmes kirghizes la soutiennent ! » Djamilia, l’héroïne d’un roman de Tchinguiz Aïtmatov publié en 1958, enlevée et mariée selon une coutume kirghize encore en vigueur, s’enfuit avec son amant. En effectuant des repérages, Aminatou Echard s’est aperçue qu’évoquer la protagoniste ouvrait littéralement des portes. Cet accès inespéré à  une parole intime nécessitait un film à  part. Les témoignages issus de ces rencontres brossent le portrait d’un système patriarcal résurgent depuis la fin de l’époque soviétique. La sensualité de la pellicule Super 8, au grain parfois accentué par un refilmage, va à  l’encontre de l’habituelle esthétique vintage. L’absence de son synchrone accompagne la lucidité des propos de ces femmes de toutes générations. Des extraits du roman, traduit en français par Louis Aragon, s’inscrivent sur le paysage. Bientôt, l’écriture apparaît non plus comme celle d’un autre (un auteur masculin, un texte canonique) mais comme une pratique féminine partagée malgré les fortes contraintes du quotidien, qu’il s’agisse d’écrire la nuit, de transmettre à  des lycéennes la capacité d’exprimer leurs désirs et leurs refus, de composer des chansons, de rédiger son autobiographie à  l’insu de son mari, ou encore, comme l’adolescente qui milite pour la gender equality, d’inventer des graffitis féministes. Belle subversion, sur la pierre verticale des murs, du proverbe qui condamnait les femmes à  l’inertie… (Charlotte Garson)

Production :
529 Dragons

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