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Jusqu’à  ce que le jour se lève

Pierre Tonachella

« Un film avec eux, pour aller chercher ce qui gronde dans l’oubli et les marges du territoire » : c’est ainsi que Pierre Tonachella décrit sa chronique endurante de la vie de ses camarades d’enfance, demeurés contrairement à  lui dans leur Gâtinais natal. Il accomplit ce qui souvent échoue par volontarisme sociologique ou souci de faire émerger des « personnages » dans un documentaire : livrer la radiographie honnête, jamais moralisante, d’une jeunesse rurale prolétaire. Qu’ils parlent de travail, d’absence de travail, d’appartement obtenu de haute lutte après 25 ans chez leurs parents, de villas de luxe, de foot ou de regrets (« J’aurais dû faire l’armée »), qu’ils dansent, conduisent ou boivent jusqu’à  épuisement, le film, foncièrement nocturne, recueille leur élan vital comme leurs penchants obscurs. Parfois une question aiguillonne le récit, posée hors-champ par celui qu’ils appellent « Hollywood ». Alternativement impliqué et distant, le cinéaste, ami éloigné géographiquement et peut-être aussi socialement, construit sa place, son écoute, avec une remarquable sensibilité. Au montage, il se crée deux alter ego, solitaires, comme extirpés des agapes nocturnes : Théo, qui bricole des objets et sillonne la campagne en déclamant des phrases parfois prophétiques (« Il faut regarder l’horizon ! ») ; et Pierre, jumeau onomastique crédité au générique comme co-auteur, dont on entend les textes en off. « L’Essonne, loin de tout / À en devenir fou ». (Charlotte Garson)

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