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Nuit Debout

Nelson Makengo

 

Résistance > “abandonnée à elle-même comme un poussin sans mère, comme une marmite sans couvercle, comme une maison sans fenêtre, sans porte, comme une porte sans serrure, comme une serrure sans clef…” 

Comment réagir à une situation dramatique ? Nelson Makengo répond ici : en en faisant la matière première d’un objet esthétique qui la transcende. Si Nuit debout s’ouvre sur le témoignage d’une femme déplorant la pénurie d’électricité à Kinshasa, le caractère direct de l’invective est mis à distance par son traitement : l’image qui devrait accompagner la voix est d’abord absente, puis triplée. Le film semble être le fruit d’un prisme taquin qui tantôt multiplie l’image, tantôt l’associe à d’autres. En couplant des plans colorés frisant l’abstraction et des sons d’ambiance, le cinéaste propose une variation personnelle sur une tradition documentaire : celle de la symphonie urbaine. Le flux visuel est aussi précaire que le flux électrique et il arrive que le noir s’invite à l’écran sans crier gare. Les images se répondent ou s’accordent parfois pour former de véritables triptyques. La répétition de plans dans l’écran ou dans le déroulement du film exprime la texture de vies cahotantes, freinées par des difficultés incessantes. Au-delà de la description d’une réalité matérielle – ces nuits obscures seulement illuminées par de petites torches d’appoint, où les enfants sont privés de télévision – la coupure ici décrite est symbolique : il s’agit d’un pays empêché d’aller de l’avant par une réalité politique marquée par la corruption et la violence. De même que l’électricité produite par le fleuve Congo est majoritairement destinée à l’Afrique du Sud, il semble que les mouvements financiers soient ici irrémédiablement détournés du peuple.

Olivia Cooper-Hadjian

CONTACT COPIE : Sudu Connexion, Ibee Ndwa, distrib@sudu.film

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