Aller au contenu

Salarium

Daniel Mann

À la manière des fontis, ces trous béants qui depuis 1980 endommagent à  un rythme alarmant les routes et les sites touristiques des rives de la Mer morte (qui baigne Israël, mais aussi la Jordanie et la Cisjordanie occupée), Salarium provoque chez son spectateur un effondrement : il oblitère sa conception de ce territoire comme essentiellement vacant, espace offert aux touristes et aux Israéliens dans sa singularité salée. À partir de l’étymologie commune des mots « salaire » et « soldat », les cinéastes réinsufflent de l’Histoire et de la politique dans cet espace dévolu aux loisirs (trois soldats dégustent des glaces à  la plage, un groupe de quinquagénaires qui vit à  l’orée du désert de Judée sort canettes, transats et transistors). La focalisation sur un phénomène à  la fois géologique et causé par l’intervention humaine change le regard sur un « trésor de la nature ». La boue bénéfique dont s’enduisent les baigneurs est-elle réductible à  cet usage cosmétique ? Quid des quads qui sillonnent le désert ? À quel moment l’exploitation des lieux se transforme-t-elle en destruction environnementale ? Comment se fait-il que la parole catastrophiste d’un prophète hippie rejoigne le chapitre 8 du Livre de Daniel ? « En rendant la terre inhabitable à  l’avenir, le fontis apparaît à  la fois comme le symptôme et la raison active de l’échec de ce projet colonial d’instrumentalisation de la vie. » (Sasha Litvinseva et Daniel Mann) (Charlotte Garson)

Production :
Sasha Litvintseva, Daniel Mann

Dans la même section