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Terra Franca

Leonor Teles

Sur les rives du Tage, à  Villa Franca de Xira près de Lisbonne, Leonor Teles filme un an de la vie d’Albertino Lobo ; au petit matin, il enfile sa salopette cirée et part pêcher tandis que sa femme, de derrière le comptoir d’un café, frit des beignets. La conversation quotidienne porte bientôt sur un événement familial qui se profile, le mariage de leur fille aînée. La cinéaste ouvre progressivement le champ à  la famille – filles adultes et petite-fille -, à  mesure que les préparatifs, entravés par l’interdiction de pêcher qui frappe Albertino, génèrent joie et inquiétude matérielle. Elle porte au jour sans les dramatiser la ligne de démarcation qui se dessine parfois au sein du couple, l’accroc dans les liens familiaux. Des plans splendides du pêcheur sur le fleuve, cadré à  la taille comme un esprit des eaux, contrastent avec les desiderata de l’épouse : il faudrait qu’Albertino sorte au théatre avec elle et ses filles, qu’il remarque qu’elle a changé la cuisine… Si le film fait état de la fin d’un cycle de vie, c’est avec finesse que Teles en capte les ondes de choc sur les visages et les gestes, sans nostalgie complaisante. De part et d’autre d’une réplique que l’on se lance, un conflit s’apaise, un refus se transforme. Le montage accueille et souligne cette douce réversibilité. Devant un couple de fiancés radieux à  la télévision, le pêcheur lâche à  son épouse : « Le pire vient plus tard, hein Dalia ? » Avant d’ajouter : « Et le meilleur. » (Charlotte Garson)

Production :
Uma Pedra no Sapato

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