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Les Flâneries du voyant

Aïda Maigre-Touchet

Ce huis-clos à  Port-au-Prince chez le poète, critique d’art et acteur Dominique Batraville évite tous les écueils du portrait d’artiste en s’immisçant dans l’intimité de la chambre où il lit, dort, écrit ou écoute la radio. « Le monde n’est pas une église » : les premiers mots qu’il prononce peuvent s’entendre aussi pour le regard de la cinéaste sur celui qu’elle filme, admiré mais pas sacralisé. Le français cède la place au créole quand une jeune voisine vient l’aider à  chercher un livre ou à  faire ses bagages. La chambrette, avec son fatras de livres et de carnets, apparaît bientôt comme un prolongement de l’esprit de l’écrivain, qui pense à  haute voix, entre bribes de poèmes, réflexions d’après-sieste, biographèmes (« Mon frère aîné n’aimait pas que je lise. ») et souvenirs de la dictature Duvalier. Aïda Maigre-Touchet parvient surtout à  faire puissamment exister un hors-champ à  double fond : la vie à  Port-au-Prince qui bruisse tout autour, et l’étranger, à  travers le téléphone portable, la valise à  préparer, les invitations à  l’Académie française ou à  Cannes. Le corps à  la fois poupin et léger de Batraville fait le lien entre ces deux pôles, l’idiosyncrasie du lit-bibliothèque et l’internationalisme du globe-trotteur. La proximité que construit la cinéaste, épousant la musicalité méditative de l’écriture et de la lecture, permet aussi de comprendre ce qui reste un mystère pour les amis de l’écrivain : « pourquoi je reste ici ». (Charlotte Garson)

Aïda Maigre-Touchet

Née à Paris en 1977, Aïda Maigre-Touchet étudie le cinéma aux universités Paris 8 et Concordia (Montréal). Elle tourne dans l’Arctique son premier documentaire, Kiyoukta (2008). Elle réalise ensuite à travers la France un court essai Forêts (2009). Après un séjour en Haïti, elle achève Élégie de Port-au-Prince (2011).

Production :
Aida Maigre-Touchet

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